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Ce que la monnaie n’achète pas

Découvrez l’épisode 17 de Stupid Economics, produit en collaboration avec Passeur d’Éco. Bon visionnage !

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Inégalités mondiales et objectivité des chiffres

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Le monde est-il de plus inégalitaire ou de plus en plus égalitaire ? Avant d’aller au cœur du sujet, commençons par un petit sondage :

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Cette question, en apparence simple, recouvre en fait une réalité bien complexe. Par exemple : c’est quoi, en vrai, une inégalité ? Est-ce que l’on parle des inégalités de revenu (ce qu’on gagne tous les mois) ? De patrimoine (l’épargne, la valeur des biens qu’on a accumulé) ? Et pourquoi ne pas regarder autre chose encore, comme le niveau de vie ou les capabilités (que l’on peut très grossièrement voir comme l’égalité des chances réelle) ? Il n’y a pas de bonne réponse à toutes ces questions. Tous ces aspects (et encore d’autres) font partie des inégalités. En fonction de ce que l’on souhaite étudier ou mieux comprendre, on regardera tel ou tel aspect. Mais étudier une dimension de la question ne signifie pas que les autres n’existent pas – ou n’ont pas d’importance.

Amartya Sen, Prix Nobel 1998, a conçu le concept de capabilitéAmartya Sen, Prix Nobel 1998, a conçu le concept de capabilité
Amartya Sen, Prix Nobel 1998, a conçu le concept de capabilité

Par ailleurs, pour réduire le risque de contresens, il est important de toujours éclairer sa réflexion à l’aide de données. Et là entre en scène un cliché que j’entends souvent à propos de l’économie : comme quoi cette dernière serait à « base de chiffres » et que ceux-ci seraient « objectifs ». Sauf que…

D’abord, l’économie n’est pas « à base de chiffres ». Il ne s’agit pas d’une énorme machine de laquelle sortiraient des données. C’est plutôt un type finalement assez mal connu d’organisme « vivant » en perpétuelle évolution, et en interaction avec son environnement. Je reviendrai sur ces métaphores dans un prochain article.

Ensuite et surtout, quand bien même l’économie ne consisterait qu’en des chiffres, dire que ceux-ci sont objectifs est aussi réducteur que dangereux.

Tokyo Stock ExchangeTokyo Stock Exchange
Croire que l’économie se limite à ça est un cliché. Je reviendrai aussi sur ce point dans des articles ultérieurs.

Réducteur : un chiffre n’a pas d’existence intrinsèque. Il a besoin d’être interprété. Pour faire cette interprétation, que nous faut-il ? De la théorie bien sûr ! Pour le dire autrement, l’un des usages de la théorie est celui d’une sorte de boussole, pour nous dire où regarder – quels chiffres étudier parmi tous ceux qui sont virtuellement disponibles. Sans boussole, impossible de savoir que l’on est au nord – et encore plus impossible de savoir que l’on se rapproche (ou pas) de notre destination.

Dangereux : comme le montre l’exemple des inégalités, la réalité est souvent complexe. En fonction de son intérêt, on peut vouloir mettre en avant tel chiffre ou tel autre. C’est un peu le reproche que l’on peut faire à cette étude d’Oxfam, qui bien que sans être fausse ne s’intéresse qu’à une seule dimension du problème.

Alors une question : comment se protéger de ces possibles manipulations ? Comme toujours : avec de l’esprit critique. Et en multipliant les sources. C’est ce que l’on a essayé de faire dans l’épisode qui vous attend : étudier la même question de l’éventuelle progression des inégalités dans le monde sous deux angles différents. Et on voit bien qu’avec deux angles seulement (on aurait pu en prendre bien davantage), répondre à cette question n’est déjà plus aussi simple…

Assez parlé : bon visionnage du nouvel épisode de Stupid Economics !

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  • Julien Grandjean (relecture)
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En immersion dans un congrès scientifique : AFSE 2016

AFSE 2016AFSE 2016

Comment se fabrique la science (économique) ? Produire des connaissances pointues est un travail long et difficile, qui nécessite un certain nombre d’étapes. L’une de ces étapes est la tenue de congrès scientifiques, ou conférences : ce sont des moments pendant lesquelles des chercheurs viennent présenter leurs travaux les uns devant les autres. Un congrès scientifique a plusieurs objectifs, comme faire connaître ses travaux auprès de chercheurs d’autres universités, recevoir un premier retour critique sur ses recherches ou établir des contacts. Ils sont centraux dans la vie scientifique de n’importe quelle discipline.

(suite…)

Le jour d’après le Brexit

Spécial BrexitSpécial Brexit

Fin du live

Il est 19h57, et nous sommes le vendredi 24 juin 2016. C’est ici que s’achève ce live sur Passeur d’Éco. L’exercice est inédit pour moi, et j’espère qu’il vous aura permis d’y voir un peu plus clair sur les conséquences possibles du Brexit sur l’économie britannique. Il m’a semblé important que Passeur d’Éco soit présent sur un tel évènement.

Le moment était historique, et il ne fait pas de doute que l’histoire ne s’arrête pas là. Si vous avez des questions, maintenant ou plus tard, par rapport au Brexit ou sur tout sujet économique n’hésitez pas à me les poser. C’est ainsi que fonctionne Passeur d’Éco !

L’article actuel restera en ligne, et vous pourrez donc vous y référer dans le futur (ou y revenir à tête reposée).

Je souhaite enfin remercier Marine, Emmanuel et Romain sans qui, chacun pour des raisons différentes, je n’aurai pu faire ce live. Merci à eux !

Nota : j’avais proposé sur les réseaux sociaux de tenir un live vidéo sur Facebook à 20h30, malheureusement je ne suis plus en capacité à l’assurer. Toutes mes excuses.


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Ce sont les gros titres du jour : les électeurs du Royaume-Uni ont voté à quasiment 52% pour sortir de l’Union Européenne. Or, je vois pas mal de gens sur Twitter se demander si ce résultat est une bonne ou une mauvaise chose. Essayons de regarder cela ensemble, avec ce live de #AskPasseurEco !

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Quelles conséquences attendre de ce départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne ?

Il est à ce stade très difficile de répondre à cette question. La raison est simple : aucun autre pays n’a jamais quitté l’Union Européenne, il nous manque un point de comparaison. Ce qui est certain, cependant, est qu’il y aura des conséquences – et que pour nombre d’entre elles, elles sont déjà en marche.

Pour résumer, le problème est que le Royaume-Uni entre dans une énorme phase d’incertitude sur son avenir – et il n’y a rien de pire que l’incertitude en économie.

Conséquences monétaires

[12h29] Quelles sont les conséquences de la chute de la livre sterling face au dollar ?

Elles sont de deux ordres :

  • Les exportations britanniques sont désormais moins coûteuses : c’est comme si les prix de vente à l’étranger avaient baissé (alors que le montant en livres reçu reste le même). C’est donc une bonne chose pour l’industrie britannique, qui va pouvoir vendre plus (baisse des prix) et faire des profits plus élevés (baisse des prix sans avoir à ne rien faire)
  • Les importations britanniques sont plus coûteuses. Cela va réduire le pouvoir d’achat des ménages anglais, et augmenter les coûts de production des entreprises locales. Pire, le prix du pétrole va aussi augmenter – et ça, c’est la plus mauvaise des nouvelles.

Un troisième problème est que cette baisse du cours de la livre sterling n’était pas du tout prévue. Et ça, en général, ça n’est pas une bonne chose pour l’économie.

Dans l’ensemble, il y a donc des gagnants et des perdants à cette baisse très violente du cours de la livre sterling. Il est bien évidemment impossible de dire à ce stade si, dans l’ensemble, l’économie britannique en aura plutôt profité ou non, mais on peut raisonnablement penser que l’effet total sera plutôt négatif (à cause du pétrole).

[11h37] Après un gros choc en début de matinée, le taux de change entre la livre sterling et le dollar se redresse légèrement. Mais ce qu’il se passe ici est probablement à l’image de ce qui va arriver à l’économie britannique dans son ensemble : un gros choc très violent, qui demandera du temps pour s’en remettre.

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[10h] La livre sterling a lourdement chuté face au dollar : à 10h, environ -8%. Cela signifie que les investisseurs vendent énormément de livres sterling (contre des dollars), pour la simple et bonne raison qu’ils craignent les conséquences du Brexit sur l’économie britannique.

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Conséquences financières

[17h29] Alors que le Brexit est (pour l’instant) une bonne nouvelle pour les finances publiques françaises, ça sera très certainement moins le cas pour les finances publiques britanniques. Car outre la probable récession qui s’annonce (la question étant de savoir quelle sera son ampleur plutôt que si elle arrivera), la crise de confiance des investisseurs financiers va très certainement rendre la dette publique coûteuse pour le gouvernement britannique.

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[13h18] Le Brexit est une bonne nouvelle pour les finances publiques françaises (et probablement de tous les pays de la zone euro) : craignant l’incertitude de la situation britannique, les investisseurs se tournent vers les dettes publiques de ces pays. Résultat ? Des taux d’intérêt très bas, qui vont permettre à l’État français d’emprunter à un coût plus faible.

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[11h34] La Banque Centrale Européenne prend également la parole pour dire qu’elle continuera à “remplir sa responsabilité” pour avoir une monnaie et des marchés financiers stables dans la zone euro. Tout doucement, les marchés devraient se calmer.

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[11h] L’agence de Standard & Poors indique que le Royaume-Uni va perdre son AAA. Cette note est un indicateur (pas toujours très bon) de la “qualité” d’un actif financier (une action, une dette, etc.). Ici, ce AAA concerne les obligations du gouvernement britannique, c’est-à-dire ses emprunts. Une baisse de cette note signifie donc que les emprunts gouvernementaux sont désormais de moins bonne qualité. La conséquence ? Il va être probablement plus coûteux pour le gouvernement britannique de s’endetter sur les marchés financiers. Ça n’est pas une bonne nouvelle.

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[10h30] La Banque d’Angleterre déclare qu’elle est “prête” à injecter jusqu’à 250 milliards de livres pour calmer les marchés. Cela ne veut pas dire qu’elle va réellement le faire, car lorsque les marchés financiers paniquent il suffit parfois que la banque centrale dise qu’elle soit “prête” à faire quelque chose pour les calmer.

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[10h] Les bourses mondiales chutent également lourdement. La raison est assez similaire quant à la chute de la valeur de la livre sterling face au dollar : les investisseurs craignent l’incertitude du Brexit, et décident de vendre les actions des entreprises susceptibles d’être touchées par les conséquences négatives de ce dernier. Leur objectif est de vendre maintenant “pendant qu’il est encore temps”, pour minimiser les pertes.

Marchés financiers à 10h30Marchés financiers à 10h30
Google Finance

Par ailleurs, les banques européennes perdent lourdement sur les marchés financiers.

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Conséquences économiques

[19h38] Outre le coût économique immédiat du Brexit, le choc sur les universités risque aussi de se traduire par une croissance réduite dans dix ou vingt ans. La raison est assez simple : sur le long terme, la croissance économique s’explique principalement par l’innovation. Et au cœur de l’innovation il y a bien évidemment la recherche (publique comme privée). Or, les universités risquant d’avoir besoin de quelques années pour digérer le choc du Brexit, leur production scientifique risque d’être réduite pendant cette même période – et donc l’innovation, et la croissance.

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[19h13] D’autres estimations du coût de la sortie par personne laissent à penser qu’il sera de l’ordre de 1000€/an par ménage entre aujourd’hui et 2020 (et de l’ordre de quatre fois plus si on compte jusqu’en 2030). Cette baisse provient de la récession économique qui sera très probablement causée par le Brexit. Cette récession est (notamment) due aux trois facteurs suivants :

  • L’incertitude déclenchée par le Brexit lui-même : que va-t-il se passer désormais ? Dans le doute, les agents économiques vont attendre, aussi bien pour acheter que pour investir. C’est comme si l’économie était “mise en pause”, l’empêchant forcément de croître pendant la durée de cette pause
  • La perte de l’accès au marché unique. Aujourd’hui, pour une entreprise britannique il n’y a aucune différence entre vendre localement ou vendre dans un autre pays européen. Cette facilité va disparaître, réduisant mécaniquement les exports britanniques. Parallèlement, les importations provenant des autres pays européens vont devenir plus coûteuses. Cela va réduire le pouvoir d’achat des ménages britanniques, et donc les débouchés commerciaux des entreprises nationales. C’est un peu comme s’il y avait une “double peine”
  • L’isolement financier. C’est un peu la contrepartie financière de la perte de l’accès au marché unique : comme il va désormais exister des barrières entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni pour les biens et services, les flux de capitaux vont eux aussi être confrontés à diverses nouvelles barrières. Cela va rendre plus difficile le financement des investissements, et donc le développement des entreprises.

À noter que les estimations du coût de la sortie britannique n’incluent pas un scénario (catastrophe) où le pays éclate. Il va de soi que ce scénario ferait peser de nombreux coûts supplémentaires sur l’économie britannique.

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[18h18] Quels sont les intérêts respectifs du Royaume-Uni et de l’Union Européenne dans les négociations qui vont s’ouvrir ?

Pour faire simple, l’intérêt du Royaume-Uni est de rester le plus intégré possible à l’Union Européenne, pour réduire au maximum le coût de sa sortie. Toutefois, est-ce que l’Union Européenne a elle intérêt à être “conciliante” avec le Royaume-Uni ? Pas si sûr…

Une sortie “pas trop coûteuse” disons du Royaume-Uni donnerait un argument supplémentaire aux autres partis d’extrême-droite d’Europe, qui réclament la même chose (par exemple en France avec le Front National). Du type “vous voyez, c’est pas si terrible en fait”. Politiquement, l’intérêt de l’Union Européenne est donc de punir le Royaume-Uni, en lui imposant des conditions drastiques, pour contrecarrer le discours de ces partis.

Le résultat dépendra de rapports de force politiques internes à l’Union Européenne.

[17h42] Les cas de la Norvège ou de la Suisse montrent qu’il est possible d’être étroitement intégré avec l’Union Européenne sans en être membre. Est-ce que la relation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne sera de ce type ?

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[17h36] Sur le front de l’emploi, Airbus a par exemple 100.000 salariés sur le sol britannique. Que vont-ils devenir ? On craint que 500.000 emplois soient détruits suite à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

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[12h49] D’après Thomas Sampson, économiste de la London School of Economics, le coût du Brexit sera (à court terme) compris entre 1,3% et 2,6% du PIB. Cela équivaut à une à trois années de bonne croissance perdues.

Au niveau individuel, il est probable qu’à long terme le revenu baisse de l’ordre de 6 à 12% – et ce pour toutes les classes sociales. C’est une chute considérable.

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[11h15] C’est tout à fait anecdotique mais la chute de la livre sterling a fait repasser le PIB de la France devant le PIB du Royaume-Uni (qui passe donc de la 5ème plus grande économie du monde à la 6ème).

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[11h15] Un point désormais critique pour l’économie britannique va être la négociation pour accéder au marché de l’Union Européenne, négociation qu’il va falloir reprendre de zéro (ou presque). Le risque, pour le Royaume-Uni, est que l’Union Européenne se montre très dure, pour le “punir” et ainsi dissuader tout autre pays qui voudrait quitter l’Union sans pour autant en subir toutes les conséquences.

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[10h45] Au moins le temps que le Royaume-Uni négocie un traité avec l’Union Européenne, il est désormais considéré comme un partenaire commercial “extérieur”. Cela signifie qu’il va subir ce que l’on appelle “l’effet de frontière” en commerce international : lorsque deux régions voisines sont séparées par une frontière politique forte, leur commerce peut se réduire jusqu’à 75%. Or, les partenaires commerciaux principaux du Royaume-Uni restent les pays européens. Les entreprises britanniques tournées vers l’Europe risquent de souffrir – et leurs employés avec…

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[10h] De nombreux banquiers déclarent que la période d’incertitude qui s’ouvre va bloquer un nombre important de décisions d’investissements. Cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’emploi, dans quelques mois ou dans quelques années.

Par ailleurs, il est possible que l’accès au marché européen du Royaume-Uni devienne plus difficile. Le risque est que cela se traduise par un nombre important de délocalisations, des entreprises installées au Royaume-Uni qui retournent sur le continent.

Le gouvernement britannique a estimé qu’en cas de sortie de l’Union Européenne, il se pourrait que le Royaume-Uni voit sa richesse nationale baisser de 7% d’ici 2030. Pour comparer, même en continuant avec une croissance faible de 0,5% par an, la France verrait sa richesse nationale augmenter de 7% d’ici 2030.

Conséquences politiques

Un éclatement du Royaume-Uni à venir ?

[13h01] La Première Ministre écossaise va plus loin, en remettant clairement sur la table l’option d’un référendum.

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[10h] La Première Ministre écossaise a déclaré que “l’Écosse voit son avenir dans l’Union Européenne”. Est-ce que cela va ouvrir vers un nouveau référendum sur le maintien de l’Écosse dans le Royaume-Uni ?

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[10h] Le Premier Ministre d’Irlande du Nord a demandé un référendum sur la réunion des deux Irlande.

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[10h] La dispute territoriale entre l’Espagne et le Royaume-Uni à propos de Gibraltar se réouvre.

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Une crise politique au Royaume-Uni

[17h24] Est-ce que le résultat du référendum aurait été différent avec un système de vote différent ? C’est fort probable. Car le scrutin à un seul tour comme celui pratiqué au Royaume-Uni hier n’est pas le seul qui existe. Et à mode de scrutin différent, il peut arriver qu’on ait des résultats différents (alors que tout le monde aurait voté pareil !).

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[11h48] La campagne sur le Brexit a parfois été perçue comme très hystérique, notamment parce qu’elle a plus porté sur l’immigration que réellement sur les aspects positifs et négatifs de l’appartenance à l’Union Européenne par le Royaume-Uni.

https://twitter.com/VictoriaMonro/status/746271123692724224

[10h] David Cameron a annoncé qu’il allait démissionner.

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Des tensions en Europe

[12h56] Qui sera le prochain ? Maintenant que le Royaume-Uni est à l’extérieur de l’Union Européenne, d’autres pays pourraient lui emboîter le pas…

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[11h10] Le référendum britannique a été décidé par David Cameron (droite), sous la pression du parti UKIP (extrême-droite). L’Union Européenne est en effet une “cible” pour les partis d’extrême-droite européens. Le résultat du vote britannique accrédite donc la rhétorique des partis d’extrême-droite européens.

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Et concrètement, on fait quoi ?

[13h22] Maintenant que le résultat du vote est connu, il va falloir organiser concrètement la sortie du Royaume-Uni. Le référendum ne rend en effet pas automatique cette sortie, dont les détails vont prendre des mois (voire peut-être davantage) pour être réglés. Les coûts d’ajustement associés à cette sortie vont très probablement être énormes (et s’étaler sur plusieurs années). Si vous avez des informations ou des liens là-dessus, merci de me les transmettre.

Conséquences sociétales

Que faire des expatriés ?

[11h28] L’Union Européenne facilite grandement l’intégration des ressortissants d’un pays européen dans un autre pays européen. Il est par exemple possible pour les ressortissants européens de voter aux élections locales en France. Tout cela va disparaître. Que vont devenir les européens installés au Royaume-Uni (notamment à Londres) ? Et les britanniques installés en Europe ? À ces questions, il n’y a (pour l’instant) pas de réponse.

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Une société britannique fracturée

[11h] La fracture entre le Brexit et le Remain se retrouve également dans la pyramide des âges.

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[10h45] Le référendum a fracturé la société britannique en deux camps : celui du “pour” la sortie (Brexit), celui du “contre” la sortie (Remain). Cette fracture se retrouve aussi au niveau géographique.

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La recherche scientifique en grand danger

[12h45] Au-delà du résultat du vote, nombreux ont été les universitaires à expliquer qu’une sortie de l’Union Européenne pour le Royaume-Uni serait une catastrophe. Ils n’ont pas été entendu – et cela constitue une défaite majeure pour l’expertise telle qu’elle est pratiquée dans nos sociétés occidentales.

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[12h40] Est-ce la fin de la “génération Erasmus” au Royaume-Uni ? Le cas des étudiants européens inscrits au Royaume-Uni pose aussi question. Ces derniers profitent en effet de conditions plus attractives que les étudiants étrangers non-européens.

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[11h56] Outre la question du financement, un nombre important de chercheurs au Royaume-Uni sont… européens. La question des expatriés va donc aussi se poser pour eux…

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[11h21] Une part très importante de la recherche britannique est financée… par des fonds européens. Le Brexit s’annonce de très mauvaise augure…

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[10h30] Alors que le Royaume-Uni est très intégré dans le système européen de la recherche, le risque est très fort qu’il soit conduit à un isolement relatif, au moins dans les premiers temps. C’est notamment vrai pour l’accès aux financements.

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(Academia Obscura est un compte parodique, toutefois ce que met en évidence ce tweet est réaliste.)

Pourquoi ce référendum ?

Cette section un peu spéciale a pour objectif d’essayer de comprendre pourquoi et comment les britanniques en sont venus à voter hier à ce référendum.

[13h09] À l’origine, ce référendum est une tentative de coup politique par David Cameron. Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’analyse sur The Conversation par Florence Faucher, professeur de sciences politiques à Sciences Po.

Qu’est-ce que… les taxes carbones ?

passeur-eco-par-olivier-simard-casanova-l-economiste-qui-repond-a-vos-questions-quest-ce-que-les-taxes-carbone-site-webpasseur-eco-par-olivier-simard-casanova-l-economiste-qui-repond-a-vos-questions-quest-ce-que-les-taxes-carbone-site-webÀ moins d’habiter dans une grotte, je pense qu’on a tous été sensibilisé au fait que la planète se réchauffe progressivement – et que la cause de ce réchauffement est à chercher du côté des émissions d’origine humaine de gaz à effet de serre. Alors on nous enjoint de prendre notre vélo, de ne pas abuser de nos voitures ou de nous équiper de panneaux solaires. Et si la solution était plutôt de taper dans nos portefeuilles – par exemple avec une taxe carbone ?

(suite…)

Les jeux vidéo comme laboratoires d’économie géants ?

Et si les jeux vidéo pouvaient permettre à la science économique d’avancer ? Question un peu étrange, mais la réponse qu’Arnaud de Stupid Economics et moi avons à vous proposer dans cette nouvelle vidéo pourrait vous surprendre…

Il existe, IRL, un nombre considérable de genres de jeux vidéo. Les jeux de stratégie, les jeux de gestion, les jeux de tirs où l’on voit son personnage, ceux où l’on voit le monde à travers ses yeux, etc. Un genre bien particulier de jeux vidéo va nous intéresser aujourd’hui : les jeux de rôle. Dans ces jeux, le joueur incarne un personnage et doit le faire évoluer dans un univers plus ou moins grand et fouillé, en lui faisant combattre des monstres, en apprenant et développant des compétences pour, par exemple, fabriquer lui-même de nouvelles armes, etc.

Normalement, à ce stade et si vous connaissez déjà un peu Passeur d’Éco, vous pourriez me voir venir : dans ce genre de jeux, le joueur doit faire un nombre considérables de choix pour décider de la trajectoire de développement de son personnage. Et ça, pour l’économiste, c’est une excellente chose !

C’est même une chose encore plus excellente lorsque l’on s’intéresse aux jeux de rôle dits “massivement multijoueurs” : dans ces jeux, des milliers de joueurs réels jouent dans le même univers virtuel, qu’ils partagent. Et les activités sociales, dans ces jeux, sont légion puisque les joueurs peuvent tuer des monstres ensemble, s’allier en guildes, communiquer en temps réel, etc. Et sans surprise, des activités économiques sont possibles, la première d’entre elle étant le commerce – et qui dit commerce, dit monnaie.

Du point de vue du chercheur en économie, on voit que ça se précise un peu : des milliers d’humains qui interagissent dans un monde virtuel totalement contrôlé par l’éditeur du jeu, et dans lequel ils doivent prendre de vraies décisions, pour certaines d’entre elles de nature économique. Je ne sais pas vous, mais moi j’ai bien envie d’appeler ça “expérience de laboratoire géante” ! Et c’est une expérience d’autant plus intéressante que dans la mesure où toutes les transactions, tous les échanges sont informatisés, il est possible d’observer avec une précision littéralement impossible dans le monde réel ce qui se passe dans ces économies virtuelles.

Si j’ai bien fait mon boulot, vous devriez normalement vous dire que bon, peut-être, c’est finalement peut-être pas si bête cette idée que les jeux vidéo puissent faire avancer la science économique… Il est donc maintenant temps que je vous laisse entre les mains (virtuelles) de mon compère Arnaud, pour ce nouvel épisode de Passeur d’Éco & Stupid Economics. Bon visionnage !

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Z8KRbPQ8LeA?list=PLNcDjIZ2v5sf2G2uHLXkdzeRwTwcQy_Lu]

Des singes tout mignons pour comprendre notre irrationalité ?

Comme je l’expliquai dans le Chapitre 4 de “Please, Help!”, la science économique s’intéresse en priorité à nos décisions rationnelles. Toutefois, nous ne sommes pas des êtres purement rationnels, car à côté de notre capacité à faire des calculs coûts/bénéfices nous avons aussi de (lourdes) tendances à nous comporter de manière un peu étrange.

Un exemple de cette étrangeté est la très connue aversion à la perte, mise en évidence par Kahnenam et Tversky dans les années 70 (et qui a valu un Prix Nobel à Kahneman en 2002 – Tversky étant malheureusement décédé en 1996). Cette aversion illustre le fait que nous ne nous comportons pas de la même manière face aux gains et face aux pertes – et ce même lorsque le résultat final est le même ! Nous apprécierons généralement davantage de gagner 100€ puis 50€ plutôt que de gagner 200€ et perdre 50€ – alors que le résultat final (150€) est le même ! Cette aversion a été très largement étudiée en laboratoire et est désormais bien connue par les économistes et les psychologues.

Au-delà de la question de l’étendue et des formes de notre irrationalité, une autre question intéressante est celle de ses origines : est-elle due à des raisons biologiques, liées à notre évolution en tant qu’espèce, ou est-elle due au fait que nos sociétés sont tellement complexes qu’on a du mal à s’y retrouver ?

Des expériences ont été faites pour essayer d’y voir (un peu) plus clair, notamment avec des singes à qui on a appris à utiliser de la monnaie. Mais plutôt que de vous en parler, je vous propose la vidéo qui suit, publiée le 25 février sur YouTube par Stupid Economics.

Pourquoi est-ce que je mets cette vidéo en avant ? Pour une raison simple : j’ai participé à son élaboration ! Bien que l’écrit soit mon mode d’expression “naturel”, Passeur d’Éco n’a pas vocation à rester cantonné à ce dernier. Je n’ai pas réalisé cette vidéo (et ça n’est pas moi que vous voyez dessus), j’ai toutefois participé à la rédaction du script et apporté un certain nombre d’éléments scientifiques (comme la référence à l’impressionnant papier de Xavier Gabaix). Il est prévu une collaboration régulière entre Passeur d’Éco et Stupid Economics, et j’espère que vous apprécierez notre travail commun 🙂

Bon visionnage à vous, et n’hésitez pas à vous abonner à la chaîne de Stupid Economics ou à suivre la playlist sur YouTube.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=fF7ytjZtRis?list=PLNcDjIZ2v5sf2G2uHLXkdzeRwTwcQy_Lu]

Chapitre 5 – La Valeur

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Comment se forment les prix ? Ceux-ci étant la donnée économique la plus courante et la plus facilement observable, chercher à comprendre leur formation est une question assez naturelle lorsque l’on étudie l’économie.

Pour répondre à cette question, il est toutefois nécessaire de d’abord se demander de ce qui donne leur valeur aux choses : dans le langage courant, prix et valeur sont très souvent confondus, mais a-t-on vraiment raison de les utiliser comme synonymes ? N’y a-t-il pas un intérêt à les dissocier ? Regardons ce que les économistes ont à nous dire sur cette question.

Adam SmithAdam Smith
“Modern economics? Yeah, I did this during a lazzy sunday. Was fun.” © Droits réservés

Intuitivement, lorsque l’on réfléchit à la valeur, l’on est tenté de partir en quête d’une mesure « objective », mesurable, de cette dernière. Les physiocrates, au XVIIIème siècle, ont ainsi proposé que c’était de la terre et de son exploitation que celle-ci découlait. Puis, constatant l’étroitesse de cette définition (quid de l’industrie ?), les premiers économistes modernes, dit « classiques », ont postulé que la valeur des choses venait plutôt de la quantité de travail nécessaire à leur production : c’est ce que l’on nomme la valeur-travail. Adam Smith a été le premier à proposer cette idée, en 1776, et il a ensuite été suivi par des noms aussi illustres que David Ricardo, Thomas Malthus et Karl Marx.

Toutefois, cette quête d’une mesure objective de la valeur se heurte à un paradoxe, le paradoxe de la valeur (#imaginationIsOverrated) : vous voilà en train de randonner en plein cœur de l’Australie quand, tout à coup, votre pied bute sur une sorte de pierre brillante. Intrigué(e), vous vous penchez et vous remarquez que c’est… un diamant. Dont vous êtes désormais l’heureux propriétaire. Combien de travail vous aura-t-il fallu pour « produire » ce diamant ? Zéro ! Puisque vous l’avez trouvé complètement par hasard. D’après la valeur-travail, celui-ci ne devrait donc pas avoir beaucoup de valeur. Cependant, si vous allez toquer à la porte d’un négociant à Anvers, il y a de fortes chances pour que vous repartiez avec une belle liasse de billets dans votre portefeuille… Comment résoudre cette énigme ?

À la fin du XIXème siècle, les économistes dit « néoclassiques » vont proposer une solution, tellement féconde qu’elle est aujourd’hui encore au cœur de la science économique : à la valeur-travail, ils vont préférer la valeur-utilité. Cette dernière nous dit ainsi que les choses n’ont pas de valeur intrinsèque : elles n’en n’ont que parce que nous leur en donnons. Pour le dire avec des mots de chercheur en science économique, ce sont nos préférences qui déterminent la valeur que nous accordons aux choses : si vous adorez Star Wars et que l’amour de votre vie pas trop1, cet univers aura nettement plus de valeur à vos yeux qu’à la sienne – et vous serez vraisemblablement prêt à allouer de nombreuses ressources, que ce soit de l’argent, du temps, de l’énergie, pour profiter de cet univers en vous achetant des figurines, en allant faire la queue le jour de la sortie d’un nouveau film, etc.

La valeur-utilité est donc une mesure subjective de la valeur, et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle résout le paradoxe de la valeur : le diamant que vous avez trouvé en Australie a de la valeur non pas parce qu’il vous a fallu beaucoup de travail pour le « produire », mais parce qu’il se trouve qu’une part importante des humains considère que les diamants ont de la valeur – et sont donc prêts à mettre beaucoup d’argent pour en acquérir. À ce propos, l’origine de ces préférences n’entre traditionnellement pas dans le champ d’étude de la science économique. D’autres sciences humaines et sociales, comme la psychologie ou la sociologie, sont nettement mieux armées que la science économique pour étudier cette question ; le chercheur en science économique se contente « seulement » d’observer ces préférences et étudie leurs conséquences – on dit qu’il raisonne à préférences données.

AustralieAustralie
Les diamants sont éternels. L’Australie, aussi. Unsplash

Comment, enfin, passe-t-on de la valeur au prix avec la valeur-utilité ? Je vais un peu souffler le chaud et le froid : d’un côté, je vais vous répondre que le fascinant mécanisme qui produit cette transformation est le marché, de l’autre, le marché est un concept tellement important en science économique qu’il mérite d’avoir son propre chapitre ?

Disons seulement, pour vous faire un peu patienter, que le marché agrège la totalité des valeurs individuelles pour aboutir à une sorte de « valeur collective » d’un bien ou d’un service : le prix. Ainsi, que ce soit pour un diamant trouvé en Australie, une figurine Star Wars ou toute autre chose, le prix est donc un objet économique nettement plus profond qu’un simple morceau de papier sur lequel on aura griffonné quelques chiffres exposés à la vue de tous.

To be continued…

[accordion] [pane title=”En résumé” start=open]
  • Qu’est-ce qui fait la valeur des choses ?
  • La valeur-travail suppose que la valeur dépend de la quantité de travail nécessaire à sa production.
  • Le paradoxe de la valeur montre cependant les limites de cette hypothèse.
  • La valeur-utilité a remplacé la valeur-travail. Elle suppose que la valeur des choses dépend de nos préférences individuelles, la valeur étant alors vue comme subjective.
  • Le marché agrège les valeurs-utilité individuelles en une valeur « sociale » : le prix.
[/pane][/accordion]
  1. Toute référence à des situations réelles est purement fortuite. ↩︎
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Olivier Simard-Casanova
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