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★ Le coût dramatique en emploi des droits de douane de Donald Trump

Pour qui veut augmenter croissance et emploi, suivre une politique protectionniste n’est jamais une bonne idée. Dernier exemple en date : Donald Trump aux États-Unis.

Temps de lecture ≈ 10 min. Hors contenu audio et vidéo

Pour rappel, Donald Trump a décidé d’implémenter des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium. Dans un précédent article, j’avais expliqué qu’une première étude suggérait qu’en cas de riposte des partenaires commerciaux des américains, ces droits de douane pourraient coûter 15 milliards de dollars par an à l’économie américaine :

Voir aussi :  ★ La guerre commerciale initiée par Donald Trump pourrait coûter cher… aux États-Unis

Aujourd’hui, je vous propose une seconde estimation, cette fois-ci de l’effet sur l’emploi de cette politique protectionniste.

Si les partenaires commerciaux ne ripostent pas

L’étude de Francois et Baughman (2018) a été produite par l’entreprise de consulting The Trade Partnership. Je ne connais pas cette entreprise, mais l’un des deux auteurs du rapport, Joseph Francois, est 1) professeur à l’Université de Berne 2) classé 573ème meilleur économiste au monde sur RePeC, ce qui le place dans le top 10%. Même s’il ne s’agit pas d’une publication scientifique, j’ai le sentiment que le rapport est crédible. En tout cas, il me semble qu’il mérite d’être discuté – avec les précautions d’usage pour un travail non-publié.

En utilisant le même modèle d’équilibre général calculable que celui utilisé par le Commerce Department américain (rapport du Commerce Department [backup], modèle utilisé [backup]), qui a estimé que les droits de douane allaient augmenter l’utilisation des capacités de production de l’industrie de l’acier et de l’aluminium américain à 80%, ils simulent l’effet sur l’emploi net. C’est-à-dire en prenant en compte à la fois les emplois créés et les emplois détruits par ces droits de douane.

Leur résultat est sans appel : pour un emploi créé, principalement dans l’industrie de l’acier et de l’aluminium, l’économie américaine perdrait cinq emplois, dans d’autres secteurs. 33.000 emplois seraient créés, alors que 180.000 seraient détruits. L’effet total de la mesure sur l’emploi est (sans grande surprise) très négatif.

Voici les variations d’emploi nettes dans les quatre principaux secteurs d’activité :

Si l’on rentre dans les détails, voici pour les différentes branches industrielles :

Branche Variation de l’emploi
Agro-alimentaire -1173
Boissons et tabac -365
Pétrole et charbon -5
Chimie -1220
Fer et acier 29998
Métaux non-ferreux 3466
Métaux transformés -12802
Automobile -5052
Transports -2180
Équipements électroniques -1579
Machines-outils -5247
Textile -195
Habillement -37
Chaussures -3
Papeterie -2142
Autres biens -4075

Et les résultats équivalents pour les branches dans les services :

Branche Sans réplique
Construction -28313
Transport aérien -353
Transport fluvial et maritime -32
Autres transports 1484
Commerce -34065
Communications -3675
Finance -5105
Assurances -1934
Services professionnels -22375
Loisirs -10312
Autres services -37625

La construction et le commerce seraient (notamment) fortement touchés.

Cette estimation dramatique l’est d’autant plus que l’effet calculé est sans riposte des partenaires commerciaux – on peut donc s’attendre à ce que le coût en emploi soit encore plus élevé dans ce cas. Mais on peut déjà s’interroger : pourquoi y a-t-il des destructions d’emplois dans de nombreux secteurs alors que personne ne riposte ?

La réponse n’est pas des plus évidentes, mais je vais tenter de l’expliquer : comme les prix de l’acier et de l’aluminium importés vont soudainement augmenter de +25% et +10%, c’est comme si cette augmentation de prix était une onde de choc qui se réverbère dans toute l’économie – entraînant avec elle de nombreux effets négatifs. Par exemple : les entreprises qui utilisent ces matières premières vont devoir augmenter leurs prix pour compenser leur hausse des coûts. Pour les consommateurs, cela veut dire un pouvoir d’achat réduit – ils achèteront donc moins d’autres produits. Or, si ces produits (ou services) qu’ils ne peuvent plus acheter sont produits sur le sol américain (ce qui est fort probable), cette réduction du pouvoir d’achat sera accompagnée d’une perte de chiffre d’affaires pour ces entreprises tierces.

Certaines de ces entreprises dont le chiffre d’affaire va baisser vont devoir licencier, voire même carrément fermer si elles étaient à la limite de la rentabilité1On peut se dire, à raison, que cela concernera peu d’entreprises. Mais “peu d’entreprises” sur un total d’environ 6 millions, ça commence à faire beaucoup…. Ces salariés ayant perdu leur emploi vont alors eux aussi souffrir d’une baisse de pouvoir d’achat, qui aura les mêmes “effets induits” que la baisse de pouvoir d’achat liée à l’augmentation des produits utilisant acier et/ou aluminimum. Et ainsi de suite2À plus long terme, un manque de concurrence va faire augmenter les prix des producteurs américains d’acier et d’aluminimum, et faire baisser la qualité de leurs produits. Ce qui aura, là aussi, des effets négatifs sur l’économie américaine toute entière..

C’est un peu comme si on lançait un caillou dans un étang, et que chaque vague produite générait à chaque fois une nouvelle vague un peu plus petite : il faudra du temps pour disperser toute l’énergie du tout premier lancer de caillou.

Quant aux entreprises qui utilisent directement acier et/ou aluminimum, pour diverses raisons il n’est pas toujours possible d’augmenter les prix. Là aussi, pour certaines d’entre elles il faudra soit licencier, soit fermer, pour compenser la hausse des coûts. Avec, encore une fois, les mêmes effets négatifs liés au pouvoir d’achat des anciens salariés. Et j’oublie probablement d’autres effets – comme le renchérissement à l’export des produits américains utilisant acier et/ou aluminimum, d’où une perte de parts de marché à l’étranger avec, là aussi, des effets négatifs sur l’emploi. Et ainsi de suite.

Dans ce scénario “simple”, le coût en emploi est déjà très fort. Or, l’Union Européenne a déjà annoncé qu’elle répondrait par des augmentations de droits de douane sur les produits américains si la politique protectionniste était appliquée aux États-Unis. Dans cette hypothèse, le coût en emploi explose littéralement.

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Olivier Simard-Casanova
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